L’institut Map’UP vient de publier un livre blanc intitulé « Paul Diel et la théorie de la motivation“ rédigé sous la direction scientifique de Patrick Mollaret du laboratoire de psychologie appliquée de l’Université de Reims (URCA). Les travaux ont été supervisés par Gérard Ochem, directeur de l’Institut Map’UP et Franck Armand, directeur de recherche HDR, membre du réseau de praticiens Map’UP.
Ce travail de recherche rappelle d’abord tout ce que Paul Diel a apporté à la psychologie de la motivation. Il montre ensuite comment ses idées ont influencé les travaux contemporains sur la question. Pour finalement résumer l’essentiel de ce que la psychologie sociale apporte dans ce domaine.
Paul Diel avance que nous délibérons constamment pour décider quels désirs réaliser en vue de notre satisfaction. Nos désirs reconnus deviennent des motifs d’actions. L’essentiel du fonctionnement psychique et le sens même de la vie se rejoignent alors dans la recherche de leur satisfaction.
A l’opposé de la loi d’ambivalence, la loi d’harmonie régit le fonctionnement psychique satisfaisant. L’harmonie désigne l’accord des désirs entre eux et avec les nécessités du monde extérieur. Elle est mise en valeur par de nombreux mythes qui selon Paul Diel expriment par analogie, sous la forme d’histoires inspirées, les différents aspects du fonctionnement psychique humain. Il est un des pionniers de ce qu’on appelle en psychologie sociale le concept de représentations sociales. C’est une manière de penser, de s’approprier, d’interpréter notre réalité quotidienne et notre rapport au monde qui orinete les comportements (Jodelet) 1994.
La vie tire son énergie des désirs qui poussent tout être vivant à chercher sa satisfaction dans le monde extérieur. Mais si tous les désirs que Diel cite concourent à la conservation de la vie, ce dernier ne privilégie pas comme Maslow dans sa pyramide des besoins, un ordre de désirs en particulier (besoin physiologique, besoin de sécurité physique, besoin de reconnaissance sociale, besoin d’estime personnelle, besoin d’implication, besoin d’évolution)
La pyramide de Maslow est l’un des modèles de la motivation les plus enseignés notamment en formation au management et au marketing. Ce modèle posse l’avantage d’être immédiatement compréhensible et frappant, mais il possède de nombreuses limites qui conduisent à sa réfutation partielle. Abraham Maslow n’a étudié qu’une population occidentale et instruite pour aboutir à ce résultat.
Paul Diel est en réalité un des précurseurs du concept de l’autodétermination (Deci et Ryan) 2000, qui met en avant l’importance des besoins psychologiques fondamentaux (autonomie, affiliation, compétences) pour atteindre un certain équilibre poussant l’individu à accomplir des actes spécifiques et cohérents.
Qu’est ce qu’un individu est prêt à faire quand pour rétablir cet équilibre et réduire la tension qu’il engendre quand il est menacé ? Prenons l’exemple de Georges qui n’aime pas son collègue Jean alors qu’il l’accompagne au travail tous les matins au travail. C’est une situation qui peut lui causer une tension interne relativement importante. Pour préserver son équilibre, et donc l’image qu’il se fait de lui-même, soit Georges change son attitude initiale envers Jean et lui trouve finalement des qualités ignorées jusqu’à présent, soit il change son comportement et arrête de le prendre sur son chemin pour aller travailler. Ce changement d’attitude reste le mode qui suscite le plus d’intérêt et a des implications dans le monde du travail.
Un autre apport de Paul Diel concerne la théorie du locus of control. Cette théorie proposée par Julian Rotter en 1954 décrit le fait que les individus différent dans leurs appréciations et croyances sur ce qui détermine leur réussite dans une activité particulière, ce qui leur arrive dans un contexte donné ou plus généralement ce qui influence le cours de leur vie. Les personnes croyant que leur performance ou leur sort dépendent surtout d’eux-mêmes ont un locus de contrôle dit interne. Celles qui sont persuadées du contraire ont un locus de contrôle dit externe. Par exemple, un candidat échouant à l’examen du permis de conduire attribuera son échec si son locus est externe à une cause externe : examen trop difficile, manque de chance ou examinateur sévère ; si son locus est interne, il attribuera son échec à ses propres erreurs, son manque de travail, de concentration, …
D’une manière générale, les échecs personnels sont souvent perçus comme davantage dus aux circonstances extérieures tandis qu’on a tendance à adopter un locus de contrôle interne vis à vis de ses propres succès. Certains travaux démontrent que la motivation intrinsèque (le fait d’effectuer un acte pour le bien être qu’il nous procure) est étroitement liés à un locus interne puisque l’individu, s’attribuant des propres échecs, désire constamment se surpasser pour les dépasser afin de réaliser son potentiel.
Rendez-vous début juillet pour le second volet de ce papier qui sera intitulé “Ce que les théories de la motivation nous apprennent aujourd’hui.“
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